Questions émergentes

Les microplastiques dans l’Océan Austral

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Texte original en anglais – traduction française supervisée par Laura Frere

L’Océan Austral présente les plus faibles densités de déchets de macroplastiques flottants dans le monde. Il était supposé que la région était relativement exempte d’une contamination par les microplastiques. Cependant, des études récentes et des projets de sciences participatives ont rapporté la présence de microplastiques dans des sédiments profonds et peu profonds, ainsi qu’à la surface de l’eau. Dans d’autres régions du monde il a été démontré, via des expériences en laboratoire et des études de terrain, que les microplastiques affectaient négativement différentes espèces marines incluant les organismes pélagiques et benthiques. Après l’examination des informations disponibles sur les microplastiques (incluant les macroplastiques comme source de microplastiques) dans l’Océan Austral, nous présentons des concentrations estimées de microplastiques, ainsi que l’identification des sources potentielles et voies de transport dans cette région. Les estimations suggèrent que les quantités de pollution microplastiques rejetées par les navires et les stations de recherche scientifique dans cette région sont susceptibles d’être négligeables à l’échelle de l’Océan Austral, mais peuvent être significatives à une échelle locale. De plus, les prévisions de concentration en microplastiques provenant de sources locales sont inférieures de plusieurs ordres de grandeurs aux niveaux  rapportés dans les résultats d’échantillonnages publiés. Le transfert via la surface de l’eau en provenance de plus basses latitudes est susceptible de contribuer aux concentrations de plastiques dans l’Océan Austral.

L’impact du piétinement et des perturbations de surface sur les sols antarctiques

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Texte original en anglais – traduction française Yves Frenot

 

Les sols antarctiques sont particulièrement sensibles aux perturbations en raison de leur caractéristiques biologiques et physiques et de leurs faibles vitesses de restauration, liées aux faibles températures et parfois aux faibles disponibilités en eau. Comme les activités humaines sont concentrées sur des surfaces déglacées de relative petite dimensions, les impacts humains sur ces surfaces sont potentiellement importants. Les sols antarctiques procurent des habitats pour une faune et une flore qui peut être localement importante et qui, dans certains cas, présente des espèces endémiques. Aussi, la protection de cette composante des écosystèmes devrait être une priorité. Le piétinement humain et la formation de sentiers suite à l’installation de campements ou à des activités scientifiques ou touristiques peuvent avoir sur les sols des effets indésirés. Ces impacts affectent à la fois les propriétés physicochimiques et biologiques à différentes échelles, allant des populations aux communautés, et même aux habitats. La persistance de ces perturbations dépend du type de sol, des conditions climatiques locales, de l’ampleur de la perturbation, des efforts de restauration (s’il y en a), et des composantes de l’écosystème affecté. Dans certains cas, des impacts peuvent se faire ressentir des dizaines d’années après la perturbation elle-même. Les scientifiques ont analysé ces impacts, la vulnérabilité des sols et leur capacité de résilience, et des lignes directrices ont été proposées pour limiter les conséquences des pressions humaines sur les environnements édaphiques.

Des micropolluants dans les eaux antarctiques

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Texte original en anglais – traduction française supervisée par Olivier Chastel, Centre d’Etudes Biologiques de Chizé, UMR 7372, CNRS & Université de La Rochelle, France

 

 

Grace à l’amélioration des techniques d’analyse, les composés utilisés pour les produits pharmaceutiques et de soins personnels (PPSP) font partie des substances les plus souvent détectées dans les eaux de surface partout dans le monde. Catégorisés de micropolluants, ce sont des produits pharmaceutiques et les ingrédients de cosmétiques, dentifrices, crèmes solaires, hydratants pour la peau, shampooings, antalgiques et même quelques drogues récréatives. Les micropolluants entrent principalement dans les milieux aquatiques via les eaux usées parce-que les méthodes habituelles de traitement sont incapables d’éliminer complètement ces molécules avant l’évacuation des effluents. Jusqu’à présent, l’état des connaissances sur leur présence et impacts sur les milieux du littoral reste limité. Néanmoins, des expériences démontrent que certains micropolluants peuvent se bio-accumuler dans les sédiments, les plantes et les animaux. De plus, ces micropolluants semblent capables de perturber le système hormonal des organismes aquatiques. Pour la première fois en Antarctique, des micropolluants ont été signalés dans les effluents rejetés depuis les bases Scott, McMurdo et Mario Zucchelli, dans l’eau de mer et la glace de mer environnantes, mais aussi au fond de la mer, à des concentrations semblables à celles trouvées dans les eaux côtières des zones tempérées. Des études menées récemment autour de la Péninsule antarctique ont trouvé mêmes quelques traces de parfums, analgésiques et d’anti-inflammatoires dans les réseaux aquatiques.

 

Les environnements géothermiques en Antarctique

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En Antarctique les environnements géothermiques ont une valeur intrinsèque du point de vue écologique et scientifique. Il s’agit des points chauds et humides, endroits distincts au milieu d’un paysage glaciaire et sec, qui hébergent des habitats de diverses espèces dont certaines se rencontrent nulle par ailleurs sur Terre. Le long des cycles glaciaire-interglaciaire, ces milieux ont pu servir de refuges pour diverses mousses et communautés d’invertébrés, jouant ainsi le rôle crucial de stabilisateurs des populations des zones non géothermiques pendant de longues périodes. Cependant les caractères uniques de ces sites les rendent vulnérables à deux risques principaux : les dommages physiques, mais aussi la contamination biologique par des espèces exogènes. Afin de faire face à la nécessité de gérer les activités ayant l’impact le plus fort sur les habitats géothermiques de l’Antarctique, le SCAR a établi un Code de Conduite, adopté par les différentes parties aux Traité sur l’Antarctique.

Changements dans la distribution des manchots sur la Péninsule Antarctique et dans l’arc des Antilles australes

Adelie FR

Des données probantes mettent en lumière des modifications majeures du nombre et de la répartition des manchots (Adélie, à jugulaire, papous, empereurs, royaux et macaronis) qui se reproduisent dans la péninsule antarctique et dans l’arc des Antilles australes dans les Sous-zones statistiques de la FAO habituellement utilisées par le CCAMLR (Image 1). Dans la Sous-zone 48.1, le nombre de manchots Adélie et de manchots à jugulaire décline dans une grande partie de la péninsule antarctique occidentale (PAO), vers le nord de la baie Marguerite. Le nombre de manchots Adélie est stable ou en augmentation dans la baie Marguerite ainsi que vers le sud ; il est stable ou en augmentation dans la péninsule antarctique orientale ainsi que dans les îles Sandwich du Sud. À l’inverse, les manchots papous présents dans la PAO (48.1) et dans les îles Orcades du Sud (48.2) élargissent leur aire de reproduction vers le sud ; ailleurs dans la région, le nombre de manchots papous est extrêmement variable, mais aucune tendance significative ne se dégage. Dans la Sous-zone 48.3, le nombre de manchots macaronis décline de manière significative tandis que le nombre de manchots royaux augmente. Dans la Sous-zone 48.4, les populations de manchots à jugulaire et de manchots Adélie sont stables. Ces conclusions soulignent l’hétérogénéité considérable qui caractérise la répartition de ces espèces ainsi que l’importance des études comparatives menées en vue d’évaluer les facteurs de changements démographiques et de prédire et contrôler les tendances à venir.

Les changements climatiques : menace émergente pour les manchots empereurs

EI Emps FR

Le manchot empereur (Aptenodytes forsteri) est adapté uniquement à une reproduction durant l'hiver antarctique, principalement sur la glace de mer stable. Il est probable que les changements climatiques aient un impact négatif sur l'espèce, de par leur modification de l'étendue, de la formation et de la persistance de la glace de mer. Cependant, les facteurs pouvant influencer le succès de la reproduction des manchots empereurs sont nombreux et des colonies implantées dans des zones différentes peuvent connaître des dynamiques de population contraires. Les données publiées à ce jour montrent que des zones d'ombre persistent sur l'incidence des changements climatiques sur les populations de manchots empereurs. Selon les recommandations du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) relatives à la description du degré d'incertitude, les données actuellement disponibles peuvent être classées dans les catégories faible degré d'évidence et degré moyen d'évidence, avec une large concordance. Ainsi, les effets négatifs des changements climatiques sur les manchots empereurs peuvent être considérés comme probables.