Nettoyage d'anciens sites d'élimination de déchets et de sites de travail abandonnés en Antarctique

IS Cleanup FR

Résumé d'informations

Version: 1.0

Publié: 03/04/2014 GMT

Contenu validé: 18/08/2014 GMT

Auteurs

Ewan McIvor

Australian Antarctic Division, Channel Highway, Kingston, Tasmania, Australia.
Ewan.McIvor@aad.gov.au

Examiné par des pairs tick


Résumé

Les pratiques opérationnelles adoptées par le passé ont laissé derrière elles des sites d'élimination de déchets et des sites de travail abandonnés dans de nombreuses régions de l'Antarctique. Plusieurs pays ont entrepris des activités de nettoyage dans le but de minimiser les impacts continus sur l'environnement de ces régions. Toutefois, nombreux sont les sites qui requièrent encore une attention particulière. Les répercussions environnementales sur ces sites devraient augmenter au fil du temps, sachant que les structures et les conteneurs continuent de se dégrader. Les difficultés pratiques et l'augmentation des coûts de nettoyage accentuent l'urgence de conduire des mesures de réhabilitation au plus vite. Le Protocole au Traité sur l’Antarctique relatif à la protection de l’environnement (le Protocole) établit une série d'exigences visant à prévenir la contamination de nouveaux sites. Il exige également que les sites existants soient nettoyés, sous réserve que cela n'accentue pas davantage les effets néfastes sur l'environnement. Des travaux ont été entrepris pour développer et partager les lignes directrices sur les meilleures pratiques de nettoyage à adopter. Il reste encore beaucoup à faire pour atteindre les objectifs convenus en terme de qualité environnementale, pour développer des technologies de nettoyage/réhabilitation, et pour mettre au point des techniques de surveillance et d'évaluation adaptées à l'Antarctique et à chacun des sites.


Résumé

Selon le Protocole, les déchets produits en Antarctique doivent faire l'objet d'une gestion stricte, afin d'éviter ou de minimiser les impacts sur l'environnement en Antarctique. Même si certains déchets non dangereux peuvent être éliminés par incinération à température élevée ou, pour les déchets liquides, peuvent être déversés dans la mer ou dans les puits de glace profonds, en respectant certaines conditions, de nombreux autres déchets doivent être évacués. Avant l'adoption du Protocole, la gestion des déchets dans les installations de l'Antarctique incluait souvent la mise à feu et le rejet de déchets sur des sites terrestres voisins (1, 2). De même, il n'était pas rare d'abandonner les installations non utilisées, sans réellement s'inquiéter de leur sort. Bon nombre d'anciens sites d'élimination de déchets et de sites de travail abandonnés requièrent aujourd'hui une gestion permanente. Ces sites présentent souvent un mélange de débris physiques (p. ex., matériaux de construction, machines, véhicules, déchets courants) et de polluants chimiques, dont certains peuvent avoir été stockés dans des conteneurs (qui risquent de se détériorer) et d'autres peuvent avoir été rejetés dans l'environnement (3).

Le long de la côte, les sites d'élimination de déchets s'étendent bien souvent sur les environnements marins côtiers (4). Les infiltrations et déversements venant des sites abandonnés et des sites de déversements plus récents peuvent finir par contaminer d'autres fonctions de l'environnement, comme l'absorption biologique et la bioamplification. D'une manière générale, le taux de dégradation des polluants (en particulier les substances chimiques de synthèse) est fortement réduit par les conditions climatiques froides de l'Antarctique.

L'extrapolation des données recueillies sur quelques sites bien documentés a permis d'estimer le volume de déchets abandonnés, à ciel ouvert, dans l'Antarctique à plus de 1 million de m3 et le volume de sédiments pollués par le pétrole à un chiffre similaire (3). Certes, il s'agit là d'un volume relativement faible si on le compare à la situation qui prévaut dans d'autres parties du monde, mais l'importance des incidences connexes sur l'environnement est amplifiée par le fait que de nombreux sites contaminés en Antarctique sont situés dans les rares zones côtières libres de glace (5) qui abritent la plupart des espèces terrestres antarctiques et des espèces marines qui se reproduisent dans ces zones.

Par ailleurs, d'autres raisons poussent à réhabiliter les anciens sites d'élimination de déchets et les sites de travail abandonnés en Antarctique :

  • des conteneurs de substances chimiques pouvant polluer l'environnement (p. ex. des fûts remplis de combustibles ou de pétrole) se trouvent sur bon nombre de ces sites et une fuite de ces conteneurs due à une instabilité chimique pourrait contaminer le site d'élimination et ses environs, rendant ainsi leur réhabilitation plus difficile et plus couteuse (6) ;
  • les changements climatiques pourraient accélérer le rejet localisé de polluants sur ces sites, en raison de la fonte prématurée des glaces (RCTA XXXIII/WP63) ;
  • il est probable que les effets nocifs des polluants chimiques sur l'environnement augmentent de manière proportionnelle au temps d'exposition (7), multipliant ainsi les impacts cumulés et les facteurs de stress environnemental (8) ;
  • les procédés de dispersion (p. ex. le transport de polluants par l'eau du fait de la fonte des neiges ou des glaces) peuvent engendrer au fil du temps l’expansion de l'ensemble de la zone contaminée, entraînant parfois la contamination de l'environnement marin adjacent (6) ;
  • certains sites pourraient être engloutis par l'océan ou recouverts de glace/neige, rendant ainsi leur réhabilitation plus difficile et plus coûteuse ; et
  • la santé humaine pourrait être exposée à divers risques (p. ex. des produits chimiques ou autres substances dangereuses, telles que l'amiante).

L'Annexe III du Protocole, relative à l'élimination et à la gestion des déchets, est entrée en vigueur en 1998, avec pour objectif de traiter des problématiques de gestion et de nettoyage des anciens sites d'élimination de déchets et des sites de travail abandonnés. L'Annexe III vise à réduire autant que possible le volume des déchets produits ou éliminés dans la Zone du Traité sur l'Antarctique, de manière à « minimiser les effets négatifs sur l'environnement de l'Antarctique et l'interférence avec les valeurs naturelles de la région, au moyen de la recherche scientifique et d'autres utilisations conformes au Traité sur l'Antarctique ». L'Annexe III prévoit (à l'Article 1.5) que :

Les sites terrestres anciens et actuels d'élimination de déchets et les sites de travail abandonnés des activités en Antarctique sont nettoyés par le producteur de ces déchets et les utilisateurs de ces sites. Cette obligation n'est pas interprétée comme exigeant :

a. l’enlèvement de toute structure désignée comme site historique ou monument ; ou
b. l’enlèvement de toute structure ou tout déchet s'il a été établi que les incidences sur l’environnement de cet enlèvement, grâce à une option réaliste, aurait pour l’environnement des incidences plus négatives que si la structure ou le déchet était laissé sur place.

La problématique du nettoyage a été abordée pour la première fois lors de la première réunion du Comité pour la protection de l'environnement (CPE), en 1998. Le CPE a été créé par le Protocole dans le but de donner des avis et formuler des recommandations aux Parties au Traité sur l'Antarctique. Plusieurs pays ont rendu compte au CPE des efforts déployés pour nettoyer les anciens sites d'élimination des déchets et les sites de travail abandonnés (RCTA XXXV/IP6, RCTA XXXV/WP62). Toutefois, les informations issues du Traité sur l'Antarctique et du Protocole, telles que les rapports sur les inspections officielles indiquent qu'il reste encore un travail considérable à accomplir pour atteindre l'ensemble des objectifs du Protocole relatif à la protection de l'environnement.

Le nettoyage des sites d'élimination de déchets et des sites de travail abandonnés est désigné par le CPE comme l'une de ses toutes premières priorités et s'inscrit dans le plus vaste sujet de la réparation des dommages environnementaux et de la réhabilitation des sites endommagés. Le CPE a notamment mis en évidence la nécessité de développer des lignes directrices sur les meilleures pratiques de nettoyage. Le Comité a engagé des travaux sur ce sujet, et la RCTA XXXVI (2013) a adopté la Résolution 2 (2013), qui recommande que les Parties diffusent et encouragent l'utilisation du Manuel de nettoyage du CPE. Le Manuel vise à guider les Parties, afin de les aider à répondre à leurs obligations énoncées à l'Annexe III du Protocole, à savoir de nettoyer les anciens sites terrestres d'élimination de déchets et les sites de travail abandonnés des activités antérieures. Il identifie également d'autres éléments à envisager pour guider et intensifier les efforts de nettoyage, tels que des évaluations sur le terrain, des objectifs en matière de qualité environnementale, des techniques de nettoyage et une surveillance et une évaluation du nettoyage. Les Parties encouragent également le CPE à continuer à améliorer le Manuel en consultant le Comité scientifique pour la recherche en Antarctique (SCAR) et le Conseil des directeurs des programmes antarctiques nationaux (COMNAP), chargés respectivement des questions scientifiques et pratiques.


Évènements clés

1975:

La RCTA VIII adopte la Recommendation VIII-11 qui contient le premier guide approuvé de gestion et élimination appropriées des déchets produits par des expéditions et des stations, afin de minimiser leurs effets sur l'environnement en Antarctique. Elle recommande que les Parties respectent, dans la mesure du possible, un Code déontologique pour les expéditions antarctiques et les activités des stationset les méthodes d'élimination et de gestion des déchets qu'il recommande.

1983:

La RCTA XII adopte la Recommendation XII-4, qui évoque la nécessité de réviser le Code déontologique suite à la prise de conscience croissante des risques possibles que l'élimination des déchets fait peser sur l'environnement en Antarctique, à l'intensification et à la complexification des opérations en Antarctique, et à la plus grande facilité d'effectuer des traitements sur place ou d'évacuer des déchets de la Zone du Traité sur l'Antarctique.

1985:

La RCTA XIII adopte la Recommendation XIII-4 qui invite les Comités antarctiques nationaux à entreprendre un examen complet des dispositions relatives à l'élimination des déchets de l'Annexe de la Recommendation VIII-11et à donner un avis scientifique sur les procédures et les normes d'élimination des déchets.

1989:

En s'appuyant sur le rapport du Comité d'experts du SCAR sur l'élimination des déchets en Antarctique, la RCTA XV adopte la Recommendation XV-3, qui énonce des pratiques recommandées en matière d'élimination et de gestion des déchets, telles que :

  • chaque gouvernement conduisant des activités en Antarctique devra « préparer et revoir annuellement les programmes de nettoyage des sites d'élimination des déchets existants et des sites de travail abandonnés » ;
  • chaque gouvernement devra « établir un programme à long terme pour évacuer les réservoirs de carburant abandonnés existants ainsi que le carburant, dans la mesure où cette évacuation est réalisable. Ces programmes devront désigner les sites où se trouvent ces réservoirs en vue de leur nettoyage à la première occasion, lorsque l’équipement de transport initial n'est plus disponible dans la région » ; et
  • « ceux menant des activités en Antarctique devront autant que possible nettoyer les sites d'élimination des déchets et les sites de travail abandonnés de leurs activités en Antarctique. »

1991:

La RCETA XI adopte le Protocole au Traité sur l'Antarctique relatif à la protection de l'environnement, ainsi que son Annexe III : Élimination et gestion des déchets. L'Article 1.5 de l'Annexe III reprend de nombreux éléments de la Recommendation XV-3.

1998:

Le Protocole au Traité sur l’Antarctique relatif à la protection de l’environnement, et son Annexe III relative à l'élimination et à la gestion des déchets, entrent en vigueur le 14 janvier.

2006:

Le COMNAP organise un atelier sur la gestion des déchets en Antarctique, qui prévoit une journée dédiée au partage d'informations pratiques sur le nettoyage d'anciens déchets en Antarctique. Les principales conclusions de l'atelier sont résumées dans le document d'information RCTA XXX/IP98 (non disponible en français).

2008:

Le CPE XI adopte un Plan de travail quinquennal qui désigne le thème du nettoyage des sites des activités antérieures comme une question de faible priorité. Les mesures du CPE en la matière comprennent : la création d'un inventaire des sites des activités antérieures pour tout le continent antarctique et le développement de lignes directrices sur les meilleures pratiques de nettoyage.

2010:

Le RCTA XXXIII adopte la Décision 4 (2010) Responsabilité découlant de situations critiques pour l'environnement qui consigne, entre autres, la décision des Parties de :

demander au Comité pour la protection de l’environnement d'examiner les questions environnementales liées à la possibilité de réparer les dommages causés à l’environnement en Antarctique ou de réhabiliter l'environnement endommagé afin de faciliter l’adoption en 2015 par la RCTA d’une décision éclairée sur la reprise des négociations.

2011:

En réponse à la Décision 4 (2010), le CPE XIV intègre le nettoyage dans son Plan de travail, sous le thème plus vaste de la réparation des dommages environnementaux et de la réhabilitation des sites endommagés, désigné comme une question de Priorité 1. Plus précisément, le Plan de travail requiert l'élaboration de lignes directrices sur les meilleures pratiques de nettoyage.

2012:

Le CPE XV soutient la proposition de l'Australie et du Royaume-Uni, présentée dans le document de travail RCTA XXXV/WP21 , d'élaborer un manuel visant à guider les Parties, afin de les aider à respecter leurs obligations énoncées à l'Annexe III du Protocole relatif à la protection de l'environnement, à savoir de nettoyer les anciens sites terrestres d'élimination de déchets et les sites de travail abandonnés des activités antérieures.

2013:

La RCTA XXXVI adopte la Résolution 2 (2013)qui recommande que les Parties diffusent et encouragent l'utilisation du Manuel de nettoyage du CPEde manière appropriée, dans le but de promouvoir le respect de leurs obligations énoncées à l'Article 1(5) de l'Annexe III.